Vilains petits ! Vraiment ?
Vilains petits ! Vraiment ?

Quand le culturel et le social s’allient pour lutter contre le harcèlement et la violence à l’école

Un projet expérimental de prévention du harcèlement avec l’implication active de tous les acteurs du milieu scolaire, une pièce de théâtre, des ateliers artistiques et philosophiques animés en classe, voilà de quoi vous présenter une expérience participant à une transformation radicale du climat dans l’école (cour, classe, relations interpersonnelles).

La CML, une intelligence collective pour venir en aide aux enfants. La « Commission mixte locale Beyne-Fléron-Soumagne », ou CML, a été créée en 2013. Elle est composée de divers services sociaux, judiciaires, scolaires et… culturels (SAJ, SAS, CPAS, Aide à domicile, Service de santé mentale, AMO, CPMS, PSE, Police, les écoles, les équipes mobiles, les services de médiation scolaire, l’espace Tremplin, le Centre culturel de Soumagne, et l’expérience d’autres CML supervisées par Monsieur Plunus, Facilitateur). L’intérêt de la CML est de mieux se connaitre entre les différents services satellites qui gravitent autour des écoles et des équipes éducatives, de se rencontrer dans un climat bienveillant, d’être au plus proche des directions d’écoles, de leurs préoccupations et de leur réalité de terrain. En 2016, une des préoccupations principales était le harcèlement et le cyber-harcèlement vécus par beaucoup trop d’enfants. Ainsi est né un projet commun de prévention du harcèlement pour l’année scolaire 2016-2017 dans 18 écoles de la région.

Ce dispositif de prévention qui a été élaboré par Monsieur Humbeeck et le Service des Sciences de la Famille de l’Université de Mons, consiste en trois axes très concrets :

  1. Travailler sur des espaces et des règles, dans la cour de récréation (et autres territoires) ;
  2. Organiser des espaces de paroles régulés et sécurisés ;
  3. Un conseil de discipline.

Les équipes éducatives et le personnel extrascolaire de ces 18 écoles ont rencontré Monsieur Humbeeck en début d’année scolaire. Il a de suite souligné l’intérêt de travailler collectivement avec tous les services déjà rassemblés dans le cadre de la CML. Les écoles ont été accompagnées par des membres de la CML, durant toute l’année scolaire, afin de les aider à la mise en place du dispositif.

Le projet artistique « Les vilains petits » et sa visée de transformation sociale

De son côté, le Centre culturel a programmé la pièce de théâtre « Les vilains petits », créée par la compagnie de théâtre « Le Zététique ». La pièce de théâtre était proposée en journée pour les écoles désireuses d’emmener leurs élèves de 5e et 6e primaires et en soirée durant le Festival Paroles d’Hommes, afin de donner aux enfants l’opportunité de la revoir avec leur famille. Outre le spectacle, cinq classes ont participé à des ateliers artistiques animés par les comédiennes. Au cours de ces ateliers, les enfants ont expérimenté les liens qu’il est possible de tisser entre la représentation d’une histoire qui se passe dans une école imaginaire et sa cour de récré, celles de la pièce « Les vilains petits », d’une part et l’école en vrai, d’autre part : leur cour de récréation à eux. Ce lieu où la culture enfantine s’exprime, où les enfants vivent des relations entre pairs qui oscillent souvent entre rejet et séduction, amitié et cruauté, défi et respect des règles, différenciation et identification.

Suite aux ateliers, les enfants ont échangé à propos de leur vécu, de leurs ressentis et émotions, de leur cour de récréation idéale, de leur vie à l’école et de leurs relations avec leurs copains, leur famille, etc.

Un reportage a été réalisé à partir de leur parole et de leur vécu des ateliers et du spectacle. Celui-ci a été projeté en présence  des enfants, de leurs enseignants, de directions d’école et de membres de la CML.

La pratique artistique, associée au dispositif de prévention du harcèlement a permis aux enseignants de porter un regard neuf sur leurs élèves. Ils ont observé une meilleure canalisation de l’énergie et moins de disputes en classe ou dans la cour. Leurs élèves aussi ont pu regarder leurs condisciples différemment. Ils avaient moins envie de se moquer ou de subir les moqueries. Ils ont pu regarder le monde de manière moins manichéenne : tout n’est pas noir ou blanc. On n’est pas définitivement victime ou bourreau, vilain ou gentil. Ils ont pris beaucoup de plaisir lors des ateliers, et gagné en confiance. Ils ont pris des risques, engagé leur sensibilité, leur imaginaire, leur image, leur mémoire. Cette expérience leur a permis d’évoluer, de mieux se connaitre, de se comprendre un peu mieux, de prendre conscience du vécu des autres. En jouant différents rôles, celui de victime, de meneur ou encore de suiveur, ils ont pu adopter différents points de vue à propos d’une même situation. Ils ont compris et pratiqué l’empathie. Le théâtre, tout en faisant la part belle au plaisir et au jeu, a interrogé les enfants au présent, lancé des pistes pour les aider à poser un regard critique et créatif sur le monde qui les entoure et participer à le rendre plus humain et moins violent.

Bernadette Bourdouxhe
Centre culturel de Soumagne